BILLETS D'HUMEUR

 Le Cercle Vivienne est un lieu de prises de paroles libres. À ce titre, le « billet d’Humeur de… » ne reflète pas LA position du Cercle, mais celle du signataire.

Le Cercle l’intègre et l’affiche comme un élément constitutif de ses débats.

23 février 2016

 

Ce que nous avons réussi

 

« L’esprit Vivienne », un bol d’air…

 

Le Cercle Vivienne a été créé en 2014 autour de deux idées « très ambitieuses » :

-Faire vivre un espace de discussion libre sur l’avenir de la protection sociale.

-Privilégier la convivialité, garante de la qualité des échanges.

 

Nous avons associé à ce projet – simple – des membres venus d’horizons délibérément divers et, parfois, à priori antagonistes, mais tous passionnés par l’avenir de notre système de protection sociale. Le critère de sélection : s’autoriser à poser « les bonnes questions », préalables à toute transformation de ce système.

 

Très vite, et à notre grande surprise, nous avons constaté qu’était né un « esprit Vivienne » très particulier : débattre sur le fond, en oubliant les postures de pouvoir, sans enjeux « business » ou « politique », en laissant les egos au vestiaire, est inédit dans le paysage des think tanks.

Mi 2016, ce seront plus de trois cents acteurs de la protection sociale qui auront participé, autour d’une quinzaine d’intervenants, à nos dîners-débats, ouverts ou fermés, et à nos petits-déjeuners (organisés avec l’AAIHEPS).

 

Tout récemment, nous avons lancé un groupe de travail qui « s’amuse » (le mot est choisi à dessein) à imaginer des scénarios extrêmes d’évolution de notre système de santé pour en illustrer les tensions.

 

Dans tous ces moments, grâce à l’accueil et au soutien de nos partenaires, nous avons eu à cœur de favoriser le plaisir des échanges. Il se retrouve dans le décor*, dans les verres et les assiettes, mais aussi – et surtout – dans le souci constant de nous assurer que toutes les voix portent, quelles que soient les positions, les influences…

 

C’est avant tout ça « l’Esprit Vivienne » !

 

*Le Cercle tire son nom du bistro où nous nous réunissons le plus souvent, à l’entrée de l’un des plus beaux passages couverts parisiens.

 

 

 

CHRISTIAN OYARBIDE

16 octobre 2014

 

Nos « Mutuelles »... en chansons

 

Aujourd’hui ... « Que reste-t-il de nos amours ? » (Nos complémentaires.)

Si l’on se tient aux grands et gentils rapports sur la santé de cette dernière année, on se dit que :

-   Au mieux, on n’en parle pas : la « stratégie nationale de santé » est fort intéressante au demeurant, mais motus sur nos AMC.

-   Au pire, c’est l’exécution par le CAE (qui met en regard 6 mds de frais de gestion plus 5 mds d’avantages fiscaux pour 25 mds de prestations) qui se dédouane en donnant le choix improbable entre tout État ou tout assureur.

-   Au secours, on en parle à la fin du Comité Innovation Santé après avoir traité de l’hôpital et de la sécurité sociale (mais ce sont peut-être des amis qui ne voulaient pas donner l’impression de nous oublier !).

 

« Et pourtant, pourtant, je n’aime que toi » disent-ils en ce moment :

Couverture collective santé obligatoire pour tous les salariés du privé avec l’ANI qui bouleverse toutes les stratégies des complémentaires, le contrat responsable encadré avec plancher-plafond, plus rien à voir en optique… Pourquoi ne pas pousser la logique à son terme avec des grilles pour un régime unique : cela sent la prison ou le mariage pour tous RO-RC !

 

Alors, pourquoi « je suis malade ! » ?

-   Malade d’avoir rapproché, fusionné, concentré, pour une informatique dite rentable, d’avoir accumulé des fonds propres destinés à S2, empilé des équipes pléthoriques pour des objectifs uniquement quantitatifs ou financiers...

-   Malade d’avoir cantonné – voire dilué, ou même gommé – tous nos enjeux sanitaires et sociaux au prétexte qu’ils n’étaient pas rentables pour nos mutuelles de livre 3 ou qu’ils étaient cantonnés à l’action sociale des caisses de retraite dans les GPS.

Ou…

-   Malade d’avoir, faute de rentabilité immédiate, laissé s’étioler la réelle proximité avec l’individu ou l’entreprise et d’avoir centralisé ou épuisé la démocratie de nos institutions.

 

« Et maintenant, que vais je faire ? »...

-   Répondre aux vrais enjeux d’efficience liée à la coordination des soins, à la médecine de proximité, en faisant participer nos équipes, nos réseaux et agences, avec les ARS, les Hôpitaux et les professionnels de santé pour trouver ensemble les solutions pratiques et conviviales qui feront que nos adhérents adhèrent, et que nos actions retrouvent du sens !

-   Participer à tous les projets et expérimentations que nanotechnologies, biotechnologies, thérapies géniques, intelligence artificielle et big data nous proposent tous azimuts...

-   Construire de l’assurance en considérant, avec éthique, la naissance d’une médecine du diagnostic, en anticipant (et donc en prévenant, bref en gérant, grâce aux nouveaux moyens « digitalisés » et à des équipes motivées) une réelle médecine personnalisée qui s’inscrit dans le temps et respecte l’autonomie de chacun.

-   Répondre à tous les besoins, primaires et essentiels, mais aussi plus sophistiqués, qui demanderont des services ou des interventions plus financiarisées, tout en restant globalement équitables.

-   Assumer un rôle d’accompagnement, retrouver une dimension d’utilité sociétale.

-   Faire vivre l’assurance santé pour qu’elle devienne de « l’assumance » efficace et solidaire, gérée par chacun au profit de tous, portée institutionnellement en toute démocratie.

 

Alors, c’est « ma philosophie »... ou cela donne « l’envie d’avoir envie » !!!

 

 

 

JEAN MOMBAZET

 

 

 

30 septembre 2014

 

Rien ne sera plus comme avant

 

En quelques mois, au travers d’une revendication venue d’on ne sait où, ni comment, le secteur de la protection sociale complémentaire se trouve transformé en profondeur.

 

L’ANI cristallise tous les bouleversements en cours dans ce secteur.

 

Rien ne justifiait que les choses se passent dans cette temporalité, rien ne justifiait cet ordre, rien ne justifie a posteriori l’acharnement du gouvernement. 


Les accords de désignation par les branches sont largement mis en question, la liberté contractuelle de l’entreprise sera difficilement contournable.


Et pourtant, rien ne sera plus comme avant.


La stratégie de « l’électrochoc » (on tape un grand coup et on voit ce qui se passe après) est une nouvelle fois d’une efficacité redoutable. Quelle que soit la majorité au pouvoir.


Le booster de concurrence que constitue l’ANI va remplir son office, accélérant les concentrations entre organismes, éloignant un peu plus les populations de la gestion directe de leur couverture sociale au profit d’une logique paritaire déjà très « centralisée » et particulièrement absente du terrain sur ces sujets-là.


L’ANI va agir comme une mèche lente de la régression des couvertures de l’assurance maladie obligatoire.
En rendant de facto quasi obligatoire une couverture minimale complémentaire et en limitant le nombre des interlocuteurs de la puissance publique, la mécanique du transfert de l’obligatoire vers les ménages est enclenchée. Le marché ne peut que s’en réjouir : une augmentation mécanique des chiffres d’affaires et un excitant marché du sur-complémentaire en perspective.


Ne nous méprenons pas, les prochains débats porteront sur la justice sociale, la couverture de nouveaux besoins sociaux, la dépendance, la sauvegarde du régime français de sécurité sociale, la responsabilité à l’égard des générations futures, l’exigence de modernisation de la société française, mais quels qu’en soient la forme ou le moyen, l’objectif sera le même, réduire les déficits des régimes sociaux.


Non pas que nous considérions cette préoccupation comme illégitime, bien au contraire.


Si nous critiquons cette méthode, c’est qu’à aucun moment elle ne constitue un outil de régulation de la dépense. Au contraire, elle se nourrit de l’inflation des dépenses de santé, des transferts de pans entiers de l’État providence vers le marché. Sa conception est fondée sur l’idée que (comme dans beaucoup d’autres domaines de l’économie) l’Etat doit se désengager le plus possible de « l’assurance » des besoins sociaux et ne conserver de sa responsabilité que ce qui est « inassurable ».


S’ils veulent résister à ce mouvement qui sera fatal à la plupart d’entre eux, les organismes de protection sociale complémentaire n’ont d’autre solution que de renouveler leurs approches politique, sociale, économique, entrepreneuriale, dans un retour critique sur leurs fondamentaux :


Comment renouveler dans le même mouvement leur organisation entrepreneuriale et leur vie démocratique ; comment prendre en charge le traitement des besoins sociaux, non pas seulement pour les populations solvables, assurables, mais pour la population tout entière, exclus compris ; comment reconstruire une alliance équilibrée, respectueuse, avec les professionnels de la santé et du social ; comment donner un sens à l’engagement de leurs élus et de leurs professionnels qui ne se résume pas à la défense de leur pré carré ou à la promotion de leur boutique ; comment retrouver l’ambition d’un modèle de régulation sociale, solidaire, démocratique, exportable au niveau européen et international ?

 

 

 

                                                                                       JEAN SAMMUT

 

 

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